Le qi circule. Le jing, lui, se garde.
Dans la tradition chinoise, le jing, 精 en caractères chinois, prononcé jīng, est traduit par « essence ». Le lexique de l’Organisation mondiale de la santé en donne deux sens : l’ensemble des nutriments tangibles du corps, et plus précisément l’essence conservée par les reins. C’est le second sens qui revient le plus souvent dans les textes.

L’essence innée et l’essence acquise
La tradition distingue deux jing, sur le même modèle que pour le qi.
L’essence « du ciel antérieur » (先天之精, xiān tiān zhī jīng) est la substance originelle de la vie, héritée des parents. L’essence « du ciel postérieur » (后天之精, hòu tiān zhī jīng) provient de ce que les organes tirent de l’alimentation après la naissance.
La première est reçue une fois pour toutes. La seconde vient l’entretenir au fil des repas, selon l’OMS, qui décrit l’essence des reins comme héritée des parents puis nourrie par l’eau et les aliments.
Les reins, gardiens de l’essence
La formule classique est courte : 肾藏精 (shèn cáng jīng), les reins stockent l’essence. Le lexique de l’OMS ajoute qu’ils la conservent et la scellent.
Les textes appellent d’ailleurs les reins la « racine du ciel antérieur » (先天之本, xiān tiān zhī běn). La rate, qui tire les nutriments des aliments, reçoit le titre symétrique de racine du ciel postérieur.
Ce que la tradition rattache au jing
Le jing sert de base à plusieurs fonctions dans la lecture traditionnelle. L’OMS en cite plusieurs.
- La croissance et la capacité à se reproduire.
- La moelle, que l’essence des reins est censée produire, et à travers elle les os.
- Les dents, présentées comme « le surplus des os ».
- Le tian gui (天癸, tiān guǐ), une substance issue d’une essence abondante, liée à la maturation des organes reproducteurs.
L’essence est aussi rapprochée du sang. Pour la tradition, le sang stocké par le foie et l’essence des reins ont la même source et peuvent se transformer l’un en l’autre.

Ménager son essence, une idée ancienne
Reçue en partie à la naissance, l’essence est vue comme un capital. C’est l’une des raisons pour lesquelles la médecine chinoise insiste autant sur l’équilibre entre l’effort et le repos. Le glossaire de l’OMS range d’ailleurs le surmenage et l’inactivité parmi les causes de déséquilibre.
Méfiez-vous des produits vendus pour « recharger le jing ». Les National Institutes of Health signalent que certains produits de la pharmacopée chinoise ont été contaminés ou contenaient des substances non déclarées.
Avant d’en prendre, parlez-en à un médecin ou à un pharmacien. Surtout si vous prenez déjà des médicaments.
La fiche sur le yuan qi prolonge cette lecture, puisque le qi originel est lui aussi enraciné dans les reins.
