Dans la pharmacopée chinoise, certaines plantes ont une réputation de douceur. Da Huang n’en fait pas partie. La rhubarbe officinale est connue depuis des siècles pour son effet laxatif marqué, et c’est exactement ce qui oblige à en parler avec beaucoup de prudence.
Da Huang désigne la racine et le rhizome séchés de plusieurs rhubarbes d’altitude, dont Rheum palmatum. Elle figure parmi les plantes chinoises les plus anciennes du commerce entre la Chine et l’Europe.
Je vous propose de voir ce que la tradition lui attribue, puis, surtout, ce que les autorités européennes disent aujourd’hui de ses limites.
📋 Ce qu’il faut retenir
- Racine de rhubarbe officinale, amère et froide selon la MTC
- Associée à la Rate, à l’Estomac, au Gros Intestin, au Foie et au Péricarde
- Effet laxatif marqué, lié à des dérivés hydroxyanthracéniques
- Interdite en usage autonome pendant la grossesse, l’allaitement, chez l’enfant et en usage prolongé
Da Huang, le « grand jaune » de la pharmacopée
Son nom signifie littéralement « grand jaune », en référence à la couleur de sa racine une fois coupée. Ce n’est pas la rhubarbe des tartes : on utilise la partie souterraine d’espèces d’altitude, beaucoup plus concentrée.
Dans les textes de matière médicale, Da Huang est décrite comme amère et froide. Elle « entre » dans les méridiens de la Rate, de l’Estomac, du Gros Intestin, du Foie et du Péricarde.
L’amer, en MTC, fait descendre et assèche. Le froid rafraîchit. On comprend vite que cette plante est l’inverse d’un tonique doux.

Ce que la tradition chinoise lui attribue
La tradition décrit Da Huang comme une plante qui « fait descendre » avec force. Elle l’associe aux tableaux de plénitude et de chaleur dans les intestins, avec un ventre tendu et une sensation de blocage.
Les textes lui prêtent aussi un rôle pour « rafraîchir le Sang » et « faire circuler » ce qui stagne. C’est pourquoi on la retrouve dans des formules aux côtés de Tao Ren, l’amande de pêche, ou de plantes amères comme Huang Lian.
La préparation change aussi sa lecture. Crue, cuite à la vapeur ou passée au vin, la tradition lui attribue des nuances différentes. C’est un bon exemple de la finesse des formules chinoises, où la même racine ne joue pas toujours le même rôle.
On la rapproche aussi de Zhi Shi, le fruit d’oranger amer, associé à la sensation de ventre tendu.
Dans tous les cas, la tradition la réserve à des usages courts et ciblés. Ce n’est pas une plante d’entretien.
Pourquoi cette plante demande autant de prudence
La rhubarbe officinale contient des dérivés hydroxyanthracéniques, la même famille de substances que l’on trouve dans le séné ou l’aloès. Ce sont eux qui expliquent l’effet laxatif.
En Europe, le comité des médicaments à base de plantes de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a publié une monographie sur la racine de rhubarbe. Elle limite son usage à la constipation occasionnelle, sur une courte durée, et pas plus d’une semaine.
La même monographie exclut les femmes enceintes ou qui allaitent et les enfants de moins de 12 ans. Elle met aussi en garde contre l’usage prolongé, qui peut dérégler l’intestin et créer une dépendance aux laxatifs.
De son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a confirmé en 2018 des préoccupations pour certains dérivés hydroxyanthracéniques ajoutés aux aliments, et n’a pas pu fixer d’apport journalier sûr.
🌍 Le saviez-vous ?
La rhubarbe officinale a longtemps été une marchandise de prestige sur les routes commerciales entre la Chine et l’Europe. Son nom botanique, Rheum, vient du grec, et l’Europe la classe aujourd’hui parmi les plantes laxatives à encadrer de près.
| Critère | Da Huang | Bon à savoir |
|---|---|---|
| Nature | Amère, froide | L’inverse d’un tonique |
| Lecture traditionnelle | Plénitude et chaleur intestinales | Usage court, en formule |
| Cadre européen | Monographie EMA | Une semaine maximum, pas avant 12 ans |

Les précautions à connaître
Selon la MTC, Da Huang ne convient pas aux terrains froids ou fatigués, aux digestions fragiles et aux selles déjà molles. La tradition l’écarte aussi pendant la grossesse, l’allaitement et les règles.
La monographie européenne ajoute d’autres situations où elle ne doit pas être utilisée : occlusion ou rétrécissement de l’intestin, appendicite, maladie inflammatoire de l’intestin, douleur abdominale inexpliquée, déshydratation sévère.
Si vous suivez un traitement médical, en particulier pour le cœur, ou un traitement médical qui modifie le potassium, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Une perte de sels minéraux liée aux laxatifs n’est jamais anodine.
Dernier point : la qualité des produits importés. Le NCCIH rappelle que des contaminations et des erreurs de plante ont été relevées dans certains produits de pharmacopée chinoise. Et certains « thés minceur » contiennent des plantes laxatives sans le dire clairement sur l’étiquette.
⚠️ Le piège classique
Utiliser la rhubarbe, ou un « thé détox » qui en contient, comme laxatif du quotidien. L’EMA met en garde contre l’usage prolongé, et une constipation qui dure, avec douleur, sang ou amaigrissement, se montre d’abord au médecin.
Et pour une constipation ordinaire ?
Une constipation passagère se règle le plus souvent par l’hygiène de vie : boire assez, manger des fibres, bouger. La diététique chinoise ajoute ses propres repères, comme le développe la fiche sur la constipation selon la lecture chinoise.
J’avoue que Da Huang m’a appris une chose en lisant sur la pharmacopée : une plante très ancienne n’est pas forcément une plante sans risque. La tradition elle-même l’entoure de limites, et la réglementation moderne les a confirmées.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser Da Huang comme laxatif au quotidien ?
Non. La monographie européenne limite l’usage de la racine de rhubarbe à une constipation occasionnelle, sur une semaine au plus, et met en garde contre l’usage prolongé. Une constipation qui dure se montre au médecin.
Qui ne doit pas utiliser Da Huang ?
Les femmes enceintes ou qui allaitent, les enfants de moins de 12 ans et les personnes qui ont une maladie de l’intestin ou une douleur abdominale inexpliquée. En cas de traitement en cours, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Da Huang est-elle la même chose que la rhubarbe des jardins ?
Non. Da Huang vient de rhubarbes d’altitude, dont on utilise la racine. La rhubarbe des tartes est une autre espèce, dont on mange les tiges.
En cas de symptôme qui dure, consultez votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.




