Dans la pharmacopée chinoise, certaines plantes passent pour douces, d’autres pour franchement énergiques. San Leng fait partie de la seconde famille, et sa réputation tient en une formule que l’on retrouve dans les manuels : elle « brise le Sang et disperse les accumulations ».
Je l’ai découverte en lisant sur E Zhu, sa compagne habituelle. Et j’ai vite compris qu’on ne la présente jamais sans une longue liste de précautions.
Cette fiche fait partie de notre guide des plantes de la pharmacopée chinoise. Elle décrit ce que dit la tradition, sans rien promettre sur la santé, puis s’attarde sur ce qu’il faut savoir avant d’acheter un produit qui en contient.
📋 Ce qu’il faut retenir
- San Leng est le rhizome de Sparganium, une plante des milieux humides.
- Selon la tradition, elle mobilise le Sang stagnant de façon marquée, souvent en duo avec E Zhu.
- Elle est déconseillée pendant la grossesse, en cas de saignements et avec un anticoagulant.
- Son usage relève d’un professionnel formé, jamais de l’automédication.
Ce qu’est San Leng
San Leng désigne le rhizome séché de Sparganium stoloniferum, une plante aquatique que l’on appelle en français rubanier. Le nom chinois évoque les « trois arêtes » de sa tige, facile à reconnaître au bord de l’eau.
Dans les textes de matière médicale, on la classe parmi les plantes qui « cassent » le Sang. C’est la catégorie la plus forte du groupe des plantes circulatoires, un cran au-dessus de celles qui se contentent de l’« activer ».
Elle se présente en tranches dures, beige à brunâtre. On la trouve parfois préparée au vinaigre, une méthode traditionnelle censée orienter son action vers le Foie.

Nature, saveur et méridiens selon la tradition
La tradition lui attribue une saveur amère et âcre, avec une nature neutre. L’âcreté, dans la lecture de la MTC, est associée au mouvement et à la dispersion. L’amertume, elle, est liée à ce qui fait descendre et assèche.
San Leng « entre » dans les méridiens du Foie et de la Rate.
Le Foie est vu comme le gardien de la libre circulation du Qi et du Sang. La Rate, de son côté, est liée à la transformation des aliments et au maintien du Sang dans les vaisseaux.
Ce double ancrage explique pourquoi les auteurs la rangent parmi les plantes qui agissent à la fois sur le Sang et sur les « accumulations » digestives.
| Repère traditionnel | San Leng |
|---|---|
| Nature | Neutre |
| Saveurs | Amère, âcre |
| Méridiens | Foie, Rate |
| Catégorie | Plantes qui « cassent » le Sang |
| Compagne habituelle | E Zhu |
La notion de stase de Sang en MTC
Pour comprendre San Leng, il faut d’abord saisir l’idée de stase. En médecine chinoise, le Sang doit circuler librement, porté par le Qi.
Quand il ralentit longtemps, la tradition parle de Sang « figé », puis de masses appelées Zheng Jia dans les textes classiques. C’est une image, une manière de lire le terrain, pas une description anatomique.
Les plantes de cette famille sont donc pensées comme des outils de mobilisation, classés du plus doux au plus fort. Si le sujet vous intéresse, la fiche sur Tao Ren et la lecture des stases complète bien celle-ci.
Un point compte plus que les autres.
Une sensation de « boule », une douleur qui revient ou un cycle qui change ne se lisent pas avec ces concepts avant d’avoir vu un médecin. La grille traditionnelle vient après le diagnostic médical, jamais à sa place.
San Leng et E Zhu, un duo classique
Dans les formules anciennes, San Leng apparaît rarement seule. On la croise presque toujours avec E Zhu, le rhizome de curcuma de la tradition.
La répartition des rôles revient souvent dans les livres. San Leng serait davantage tournée vers le Sang, E Zhu vers le Qi. Ensemble, elles composeraient un tandem qui mobilise les deux à la fois.
Ce genre d’association illustre bien la logique chinoise. Une plante se pense rarement isolée, elle s’insère dans un ensemble où d’autres ingrédients tempèrent ses excès. C’est tout l’esprit des formules de la pharmacopée.
🌍 Le saviez-vous ?
Les manuels classent les plantes du Sang par intensité. Certaines « harmonisent », d’autres « activent », et quelques-unes, comme San Leng ou E Zhu, « cassent ». Cette gradation sert surtout à rappeler que la force d’une plante appelle une prudence proportionnelle.
L’usage traditionnel, décrit sans promesse
Selon la tradition chinoise, San Leng est évoquée pour les stagnations jugées anciennes, surtout dans la sphère du bas-ventre et de la digestion. Les auteurs la réservent aux situations où des plantes plus douces, comme Hong Hua et sa lecture de la circulation, sont jugées insuffisantes.
On la retrouve aussi dans la tradition comme aide aux « accumulations alimentaires », cette idée d’une digestion qui stagne et pèse. Là encore, il s’agit d’une description culturelle, pas d’une indication.
Je préfère le dire franchement. Aucune donnée solide ne permet d’affirmer que San Leng agit sur une maladie, et ce site ne vous dira jamais d’en prendre pour un problème précis.

Précautions avant tout usage
C’est la partie qui compte le plus. Les textes traditionnels eux-mêmes déconseillent San Leng pendant la grossesse, parce qu’elle mobilise fortement le Sang.
Elle est également à éviter en cas de règles abondantes, de tendance aux saignements ou de trouble de la coagulation. Si vous prenez un anticoagulant, un antiagrégant ou de l’aspirine au long cours, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute plante de cette famille.
Elle n’a pas sa place chez l’enfant, ni chez une personne âgée fragile ou très fatiguée. La tradition elle-même la juge trop « consommatrice » d’énergie pour un terrain affaibli.
⚠️ Important
Ne prenez pas San Leng de votre propre initiative. En cas de grossesse, de saignements, de traitement médical en cours ou de symptôme qui dure, demandez l’avis de votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.
Comment la repérer sur une étiquette
Sur un sachet ou une liste d’ingrédients, San Leng peut apparaître sous plusieurs noms. Le nom pharmaceutique latin est Sparganii Rhizoma, le nom botanique Sparganium stoloniferum.
Ce détail a son importance. Certaines boutiques en ligne vendent des mélanges dont la composition n’est indiquée qu’en pinyin ou en caractères chinois, et beaucoup d’acheteurs ignorent qu’ils contiennent une plante de cette catégorie.
Si vous voyez San Leng, E Zhu, Tao Ren ou Hong Hua dans une même formule, vous êtes face à un mélange pensé pour mobiliser fortement le Sang. Montrez la liste à votre pharmacien avant de l’utiliser, surtout si une grossesse est possible.
Même logique pour les extraits concentrés en granulés. Leur étiquette mentionne parfois un ratio de concentration sans préciser l’origine de la plante, ce qui rend la traçabilité difficile.
Qualité des produits importés
La plupart des plantes chinoises vendues en France viennent d’Asie, en vrac, en poudre ou en granulés. Leur qualité varie beaucoup d’un circuit à l’autre.
L’agence américaine NCCIH rappelle que certains produits de phytothérapie chinoise ont été contaminés par des métaux lourds, des pesticides, des micro-organismes, voire par d’autres plantes que celles annoncées. Ce risque n’a rien de théorique.
En France, la vente des plantes inscrites à la Pharmacopée relève en principe du monopole pharmaceutique, sauf pour une liste de plantes libérées. Un pharmacien formé en phytothérapie reste donc l’interlocuteur le plus sûr pour vérifier l’origine d’un produit et ses interactions possibles.
Pour comparer avec une plante du même registre, mais décrite comme plus douce, la fiche consacrée à Dan Shen et la circulation selon la tradition vaut le détour.
Questions fréquentes
Pourquoi San Leng est-elle déconseillée pendant la grossesse ?
Parce que la tradition la classe parmi les plantes qui « cassent » le Sang, une action jugée incompatible avec la grossesse. En cas de doute ou de prise accidentelle, contactez votre médecin.
Quelle différence avec E Zhu ?
Les deux rhizomes sont très proches et souvent associés. Selon la tradition, San Leng serait plutôt tournée vers le Sang et E Zhu vers le Qi. Elles partagent les mêmes précautions.
Peut-on en acheter librement en France ?
On en trouve chez des importateurs, mais la qualité varie et l’usage de plantes aussi fortes demande un vrai cadre. Avant tout achat, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout si vous suivez un traitement médical.




