Pharmacopée & Plantes chinoises

Sang Bai Pi : usages traditionnels pour le poumon en MTC

Par David, passionné de médecine chinoiseMis à jour le

Contenu informatif sur la médecine traditionnelle chinoise. Il ne remplace pas l’avis, le diagnostic ou le traitement d’un médecin.

Le mûrier blanc nourrit les vers à soie depuis des millénaires. Mais la pharmacopée chinoise ne s’arrête pas à ses feuilles : elle utilise aussi ses fruits, ses rameaux et l’écorce de ses racines, qu’elle appelle Sang Bai Pi.

Cette écorce blanche, en longues lanières fibreuses, est associée par la tradition au Poumon et au souffle. C’est justement parce qu’elle touche à la respiration qu’il faut en parler avec beaucoup de clarté.

Pour situer le Sang Bai Pi parmi les autres familles de plantes, notre guide de la pharmacopée chinoise présente le classement général. Ici, on regarde ce que dit la tradition de cette écorce, et ce qu’elle ne peut pas faire.

📋 Ce qu’il faut retenir

  • Le Sang Bai Pi est l’écorce de racine de Morus alba, le mûrier blanc, débarrassée de sa couche externe.
  • Selon la tradition, il est doux, de nature froide, et rejoint le Poumon.
  • Une gêne respiratoire, une toux qui dure ou un asthme se suivent chez le médecin, sans jamais arrêter un traitement médical prescrit.
  • Plante froide à éviter sur un terrain frileux, et toujours après avis en cas de traitement en cours.

Le mûrier blanc, un arbre aux multiples usages

Le mûrier blanc est originaire de Chine, où on le cultive depuis l’Antiquité pour la sériciculture. Ses feuilles sont la nourriture exclusive des vers à soie, et l’arbre a voyagé avec la route de la soie jusqu’en Europe.

On en trouve encore dans le sud de la France, vestiges d’une époque où les Cévennes élevaient des vers à soie. Les plus anciens mûriers de nos campagnes ont parfois été plantés il y a plusieurs siècles.

La pharmacopée chinoise a tiré de cet arbre plusieurs plantes distinctes. Les feuilles s’appellent Sang Ye, les rameaux Sang Zhi, les fruits Sang Shen, et l’écorce de racine Sang Bai Pi.

Chacune a sa nature et ses usages traditionnels. C’est une belle illustration de la façon dont la tradition chinoise observe une même plante sous plusieurs angles.

Partie du mûrierNom chinoisOrientation traditionnelle
FeuillesSang YeTête, yeux, chaleur légère
RameauxSang ZhiMembres et articulations
FruitsSang ShenNourrir le Sang et le Yin
Écorce de racineSang Bai PiPoumon, souffle, liquides

Nature, saveur et méridien selon la tradition

Dans les textes, le Sang Bai Pi se décrit comme doux et de nature froide. Il rejoint surtout le Poumon, avec une orientation vers le haut du corps.

Ces qualités le rangent parmi les plantes qui « calment le souffle ». La tradition lui prête deux grands rôles : « drainer la chaleur du Poumon » et « aider l’eau à circuler » pour les gonflements du haut du corps.

Dans la lecture de la MTC, le Poumon a une fonction de « descente ». Il fait descendre le Qi et les liquides vers le bas, et quand cette descente se fait mal, les textes décrivent une toux, un souffle court, des gonflements du visage.

Le Sang Bai Pi serait, dans cette logique, une plante qui aide le Poumon à faire descendre ce qui remonte. C’est une image traditionnelle, qui ne décrit pas le fonctionnement réel des bronches.

Plantes, flacons et bols sur une table en bois devant une fenêtre

La « chaleur du Poumon » : décoder le vocabulaire

La MTC décrit plusieurs types de toux selon leur « nature ». Une toux « froide », avec des crachats clairs et une sensation de froid, ne se lit pas comme une toux « chaude », avec des crachats jaunes et épais, une soif, une sensation de chaleur.

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Le Sang Bai Pi est associé à la seconde. Les textes le décrivent pour une toux sèche ou avec des crachats épais, quand le Poumon est vu comme « chaud », parfois avec une légère fièvre en fin de journée.

La tradition parle aussi d’une chaleur qui « couve » dans le Poumon, avec une toux qui revient en fin d’après-midi et une sensation de peau chaude au toucher. C’est cette image précise que les manuels associent au Sang Bai Pi.

Ces distinctions sont une grille de lecture traditionnelle. Elles peuvent aider à comprendre la logique des plantes, mais elles ne disent rien de la cause réelle d’une toux, qu’un médecin seul peut identifier.

Pour d’autres plantes de la même famille, voyez la fiche sur Xing Ren, l’amande d’abricot amère ou celle sur Jie Geng, la racine de platycodon.

L’asthme et les troubles respiratoires relèvent de la médecine

Je veux être très clair sur ce point, parce que des sites présentent le Sang Bai Pi comme une plante « pour l’asthme ». L’asthme est une maladie chronique qui se suit chez le médecin, et aucune plante ne remplace ce suivi.

L’Inserm décrit l’asthme comme une inflammation chronique des bronches. Il précise que la maladie ne se guérit pas mais qu’elle peut être bien contrôlée, et que pour les formes modérées à sévères, on associe un traitement médical de fond quotidien et un médicament de secours en cas de crise.

L’Inserm note aussi un écart frappant. Selon ses chiffres, environ 95 % des personnes asthmatiques pourraient obtenir un bon contrôle de leur maladie avec les médicaments disponibles, mais seulement 30 à 40 % y parviennent réellement.

Une des raisons tient à l’arrêt trop précoce ou à la mauvaise prise du traitement médical de fond. Remplacer un traitement médical prescrit par une plante ferait partie de ces erreurs, avec des risques réels.

Les signes qui imposent d’agir vite

Une crise qui ne cède pas au médicament de secours, une difficulté à parler, des lèvres ou des ongles bleutés, une respiration très rapide, un enfant qui « tire » pour respirer : on appelle immédiatement le 15 ou le 112.

Une toux qui dure plus de trois semaines, un essoufflement nouveau, des sifflements, des crachats teintés de sang ou une fièvre persistante demandent un avis médical rapide. Ces signes ont des causes très variées.

Ce que la plante ne doit jamais faire

  • Remplacer un traitement médical de fond ou un inhalateur prescrit.
  • Retarder une consultation pour une gêne respiratoire.
  • Être donnée à un enfant asthmatique sans avis du médecin.
  • Faire diminuer un traitement médical sans l’accord du médecin, même si l’on se sent mieux.

🌍 Le saviez-vous ?

En France, la sériciculture a connu son âge d’or au XIXe siècle, surtout dans les Cévennes et la vallée du Rhône. Des milliers de mûriers blancs y ont été plantés pour nourrir les vers à soie, et certains bordent encore les routes.

Comment l’écorce est récoltée et préparée

Le Sang Bai Pi se récolte en général à la fin de l’automne ou en hiver, quand l’arbre est au repos. On déterre les racines, on les lave, puis on gratte la fine couche externe jaunâtre pour ne garder que l’écorce blanche.

Cette écorce est ensuite fendue, débarrassée du cœur ligneux, et séchée au soleil. Elle se présente en lanières plates ou enroulées, souples et très fibreuses, qui se déchirent en longs filaments.

La tradition connaît surtout deux formes. L’écorce crue, associée à la chaleur et aux liquides, et l’écorce préparée au miel, décrite comme plus douce pour le Poumon. Les préparateurs choisissent selon l’orientation voulue par le praticien.

Pour l’acheteur, ce savoir-faire rappelle une chose simple. Une étiquette « Sang Bai Pi » sans indication de préparation ne dit pas tout sur le produit.

Une plante ancienne de la pharmacopée

L’écorce de racine de mûrier figure déjà dans le traité attribué à Shennong, parmi les substances de la catégorie dite « moyenne ». Les médecins des siècles suivants ont précisé ses usages, et la formule Xie Bai San a été fixée sous la dynastie Song.

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Cette continuité est fascinante. Une même écorce, un même arbre, des textes qui se répondent sur près de deux mille ans, alors que le mûrier servait en même temps à nourrir les vers à soie de tout l’empire.

Elle ne dit rien, en revanche, de la sécurité de la plante pour une personne d’aujourd’hui qui prend des médicaments. L’ancienneté d’un usage n’est pas une preuve, et la tradition elle-même ne la présentait pas comme telle.

Le Sang Bai Pi dans les formules classiques

Comme la plupart des plantes chinoises, le Sang Bai Pi s’emploie en association. Une formule classique, appelée Xie Bai San, l’associe à l’écorce de racine de lyciet, Di Gu Pi, et à la réglisse.

Son nom signifie à peu près « poudre qui draine le blanc ». Dans la théorie des cinq éléments, le blanc est la couleur associée au Poumon, et la formule est tournée vers une toux « chaude » selon la tradition.

On trouve aussi le Sang Bai Pi dans une formule appelée Wu Pi Yin, la « décoction des cinq écorces ». Elle réunit plusieurs écorces de plantes, dont la peau de Fu Ling et le Da Fu Pi, autour de la notion de gonflements et de circulation de l’eau.

Ces formules relèvent d’un praticien formé. Je les cite pour la culture générale, sans composition ni quantité, et sans aucune indication pour une maladie.

Pour les plantes associées aux liquides, voyez notre article sur Fu Ling, le champignon des liquides, ou celui sur Da Fu Pi, l’écorce de noix d’arec.

Gonflements et œdèmes : un autre signal à ne pas négliger

La tradition prête au Sang Bai Pi un rôle pour les gonflements du visage et du haut du corps. Ce point mérite lui aussi une mise au point sérieuse, avant d’aller plus loin.

Un gonflement du visage, des paupières, des chevilles ou des jambes qui apparaît sans raison évidente peut avoir des causes médicales importantes. Le cœur, les reins, le foie ou certains médicaments peuvent être en cause.

Ces situations demandent un avis médical, avec parfois une prise de sang, un examen d’urine ou une échographie selon ce que le médecin recherche. Un gonflement brutal du visage, des lèvres ou de la langue, surtout avec une gêne pour respirer, impose d’appeler le 15 immédiatement.

Notre article sur la lecture chinoise des œdèmes présente l’approche traditionnelle, toujours après un avis médical.

Précautions et qualité des produits

Le terrain selon la tradition

Plante froide, le Sang Bai Pi est jugé inadapté aux terrains frileux. La tradition le déconseille aussi pour une toux « froide », avec des crachats clairs et abondants, ou quand la toux vient d’un « vide » plutôt que d’une chaleur.

Les textes distinguent aussi le Sang Bai Pi cru et le Sang Bai Pi préparé au miel. Préparé au miel, il serait plus doux et mieux adapté à une toux sèche selon la tradition, ce qui montre l’importance de la préparation.

Grossesse, allaitement et enfants

Les données de sécurité modernes manquent pour la grossesse et l’allaitement. Par prudence, on s’abstient. Chez l’enfant, aucune plante chinoise ne se donne sans avis médical, et encore moins en cas d’asthme.

Interactions avec les médicaments

Si vous suivez un traitement médical, quel qu’il soit, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute plante. Ça vaut en particulier pour les médicaments de l’asthme, du cœur, de la tension et du diabète.

Le statut en France et les produits importés

L’écorce de racine de Morus alba ne figure pas sur la liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement de la Pharmacopée française. Elle arrive surtout via des produits importés.

Le NCCIH, l’institut américain dédié aux médecines complémentaires, rappelle que certains produits de phytothérapie chinoise ont été contaminés par des métaux lourds, des pesticides ou des médicaments non déclarés. Il signale aussi des sulfites dans certains produits, qui peuvent déclencher des réactions graves chez les personnes asthmatiques.

Les erreurs d’identification existent aussi. Le même institut signale des cas où une plante avait été remplacée par une autre lors de la fabrication, avec des complications sérieuses.

Ce dernier point est particulièrement important. Une personne asthmatique qui prend un produit de qualité douteuse s’expose à un risque supplémentaire, justement sur sa respiration.

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⚠️ Important

Le Sang Bai Pi ne remplace jamais un traitement médical de l’asthme ni un avis médical pour une gêne respiratoire. Grossesse, allaitement, enfant, traitement en cours : demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Crise qui ne cède pas, lèvres bleutées, difficulté à parler : appelez le 15 ou le 112.

🍀 Dans la tradition

  • Écorce douce et froide, rattachée au Poumon
  • Associée à la « chaleur du Poumon » et au souffle
  • Employée en formule, crue ou préparée au miel

🔻 À garder en tête

  • Asthme : traitement médical de fond prescrit, jamais remplacé
  • Gonflement inexpliqué : avis médical
  • Produits importés : risque de sulfites et de contaminants

Ce que dit la recherche

L’écorce de racine de mûrier a fait l’objet de travaux surtout menés en laboratoire. On y étudie des composés comme les flavonoïdes prénylés et les dérivés de type benzofurane, sur des cellules ou des animaux.

Ces études expliquent l’intérêt des chercheurs pour la plante. Elles ne permettent pas de conclure à un bénéfice chez l’humain, et encore moins de recommander la plante pour une maladie respiratoire.

Les feuilles de mûrier sont, elles, davantage étudiées pour d’autres sujets, mais il s’agit d’une autre partie de la plante, avec une autre composition. Il ne faut pas transposer les résultats de l’une à l’autre.

Ce que l’on sait solidement, en revanche, c’est que l’asthme se contrôle bien avec un traitement médical adapté et un suivi régulier. C’est là que se trouve la vraie priorité, bien avant toute plante, chinoise ou occidentale.

Ce que la tradition propose d’autre pour le Poumon

La tradition chinoise ne réduit pas le Poumon à des plantes. Elle accorde une grande place au souffle, à la posture et au mode de vie.

Les pratiques respiratoires douces, comme le qi gong, font partie de cette tradition. Je les pratique moi-même de temps en temps, et je les trouve agréables pour se détendre, à condition de ne jamais les considérer comme un substitut au traitement médical de l’asthme.

La diététique chinoise associe le Poumon à l’automne et propose des aliments décrits comme humidifiants, comme la poire cuite ou les amandes. Ces conseils ne présentent pas de risque particulier, sauf allergie alimentaire bien sûr.

Le tabac, enfin, est l’ennemi numéro un des poumons, quelle que soit la médecine, et le tabagisme passif compte aussi, surtout pour les enfants. Si vous fumez, votre médecin ou Tabac Info Service peuvent vous accompagner dans le sevrage.

Comment parler de MTC avec son médecin

Beaucoup de personnes n’osent pas dire à leur médecin qu’elles s’intéressent à la médecine chinoise. C’est dommage, parce que c’est justement lui qui peut vous aider à éviter les mauvaises surprises.

Vous pouvez simplement apporter la boîte ou le sachet du produit, et lui demander s’il voit un problème avec vos médicaments. Le pharmacien peut faire la même vérification en quelques minutes.

Si vous consultez un praticien de médecine chinoise, signalez-lui aussi votre asthme et votre traitement médical. Un praticien sérieux vous demandera de ne rien changer à vos médicaments sans l’accord de votre médecin, et c’est un bon critère pour le juger.

Aborder cette plante avec bon sens

Le Sang Bai Pi est une plante intéressante pour comprendre la logique de la pharmacopée chinoise. Une écorce discrète, issue d’un arbre familier, avec une lecture traditionnelle précise.

Mais dès qu’il est question de respiration, la prudence doit être maximale. Un praticien formé peut proposer une lecture du terrain, par l’observation de la langue et du pouls, en complément du suivi médical, jamais à sa place.

Si vous vivez avec un asthme, le meilleur conseil reste celui de votre médecin : prendre son traitement médical de fond régulièrement, vérifier sa technique d’inhalation, éviter les déclencheurs connus. Notre article sur la gorge irritée vue par la MTC présente l’approche traditionnelle des petits inconforts, pas des maladies respiratoires.

Questions fréquentes

Peut-on associer le Sang Bai Pi à un traitement médical de l’asthme ?

Seulement avec l’accord de votre médecin, et jamais pour remplacer ou réduire le traitement médical prescrit. Certains produits importés peuvent contenir des sulfites, qui peuvent déclencher des réactions chez les personnes asthmatiques.

Le Sang Bai Pi convient-il aux enfants asthmatiques ?

Non, pas sans avis médical. L’asthme de l’enfant se suit chez le médecin ou le pédiatre, avec un traitement médical adapté. Aucune plante chinoise ne doit être donnée à un enfant sans cet avis.

Pourquoi la tradition associe-t-elle le Sang Bai Pi au Poumon ?

Dans la lecture de la MTC, le Sang Bai Pi est une plante douce et froide qui rejoint le Poumon. La tradition le décrit comme aidant le Poumon à « faire descendre » le Qi et les liquides, une image qui ne décrit pas le fonctionnement réel des bronches.

Sources

David, passionné de médecine chinoiseJe lis, compare et vulgarise depuis des années les grands textes de la médecine traditionnelle chinoise, du Huangdi Neijing aux traités de diététique énergétique. Je ne suis ni médecin ni praticien : j’écris pour vous aider à comprendre la MTC, ses notions et ses limites, et chaque article cite ses sources. Une erreur, une précision à apporter ? Écrivez à contact@medecine-chinoise.com en indiquant l’article concerné. En savoir plus sur le site

Avertissement médicalLes informations de cet article présentent la médecine traditionnelle chinoise à titre général et éducatif. Elles ne remplacent pas une consultation, un diagnostic ou un traitement médical. Avant d’utiliser une plante, un complément ou une pratique, en particulier pendant la grossesse ou l’allaitement, chez l’enfant ou en cas de traitement en cours, demandez l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

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